Depuis juillet 2024, un nouveau règlement européen redessine les règles du jeu : l’ESPR, ou Ecodesign for Sustainable Products Regulation. Son ambition ? Faire de la durabilité le critère de conception par défaut de tous les produits vendus en Europe. Concrètement, cela signifie concevoir des équipements plus solides, plus réparables, plus recyclables — et en rendre compte de façon transparente. Or les équipements d’impression entrent pleinement dans ce cadre. En 2026, de plus, les premières échéances arrivent. Voici ce que vous devez savoir.
L’ESPR, c’est quoi exactement ?
L’ESPR impose des exigences d’écoconception à une gamme très large de produits, dans le but de les rendre plus durables, réparables, réutilisables et recyclables tout au long de leur cycle de vie. Ce texte prend ainsi la suite de l’ancienne directive Écoconception de 2009 — mais il va bien plus loin. En effet, là où la directive se limitait à l’efficacité énergétique, l’ESPR embrasse désormais l’ensemble du cycle de vie du produit.
Concrètement, l’ESPR élargit cette logique à la quasi-totalité des catégories de produits, avec un accent fort sur la circularité.
Par ailleurs, le premier plan de travail ESPR, couvrant la période 2025-2030, est adopté et publié en avril 2025. Il fera l’objet d’une révision en 2028. C’est donc ce document qui détermine l’ordre de priorité des catégories de produits pour lesquelles des exigences spécifiques seront définies. (FICIME)
Et les imprimantes dans tout ça ?
Les équipements informatiques et de communication, dont les systèmes d’impression multifonctions, ne figurent pas encore dans les premières catégories prioritaires du plan 2025-2030 en tant que produits finis. Pour autant, ils ne sont pas hors du radar. En effet, le plan de travail prévoit des mesures horizontales sur la réparabilité et le recyclage des équipements électroniques. Notamment l’introduction d’un score de réparabilité et des exigences améliorées de recyclabilité. Research Nester
Autrement dit, les critères de durabilité, de réparabilité et de contenu recyclé vont s’appliquer à l’ensemble de la filière, y compris l’impression professionnelle, via ces exigences transversales.
C’est d’ailleurs ce que Quocirca documente dans son rapport Print Industry Trends 2026. La conception circulaire et la longévité des équipements constituent la prochaine vague d’innovation dans le secteur. En effet, les réglementations comme l’ESPR et les objectifs RSE internes des organisations tirent le marché dans ce sens.
Deux obligations déjà en vigueur pour les grandes entreprises
Au-delà des exigences produit à venir, deux obligations entrent dans leur phase opérationnelle dès 2026. Il est donc essentiel de les connaître.
Le Passeport Numérique Produit (DPP). Tout d’abord, l’ESPR rend obligatoire un support de données physiquement présent sur le produit ou son emballage — par exemple un QR code — permettant à tout acteur de la chaîne de valeur d’accéder à des informations sur la durabilité, les modalités d’entretien, de réparation et de traitement en fin de vie. Pour les fabricants d’équipements d’impression, cela signifie donc documenter et rendre accessibles des données aujourd’hui souvent dispersées. Global Market Insights
L’interdiction de destruction des invendus. Ensuite, pour les grandes entreprises, l’obligation de divulgation porte sur les produits invendus détruits au cours du premier exercice financier complet. Cela implique une première publication dès 2026 sur les données 2025. La destruction des invendus, par ailleurs, devient interdite à partir du 19 juillet 2026. Si les premières catégories visées sont le textile et la chaussure, les équipements électroniques,dont l’impression, figurent explicitement parmi les candidats à un élargissement futur. C’est pourquoi les fabricants ont tout intérêt à anticiper dès maintenant. Mordor Intelligence
Ce que font les adhérents du SNESSII
Les membres du SNESSII ont, pour la plupart, une longueur d’avance sur ces exigences. Et ce n’est pas un hasard : en effet, la logique de l’écoconception est ancrée depuis longtemps dans leurs stratégies.

Kyocera, par exemple, est le cas le plus structuré. Le groupe a franchi le cap des 150 000 systèmes d’impression revalorisés grâce à son portail KYO2 développé en partenariat avec un spécialiste de la reverse logistique et accessible à l’ensemble du réseau de partenaires français depuis 2011. De plus, la gamme ECOSYS repose sur une conception à tambour longue durée qui réduit significativement les déchets de consommables. En 2025, Kyocera a également été classé dans la prestigieuse « A List » du CDP. Kyocera fait ainsi partie des 4 % d’entreprises les mieux notées au monde sur les enjeux climatiques.
Ricoh et Canon, de leur côté, ont engagé leurs gammes entreprise dans l’intégration des standards de recyclabilité, avec des programmes de reprise de toners et de pièces détachées structurés à l’échelle européenne. Kyocera et Ricoh sont, par ailleurs, reconnus pour la longévité de leurs équipements, avec des durées de vie pouvant atteindre 12 ans grâce à une maintenance régulière. Cet argument prend d’autant plus de valeur dans le contexte de l’ESPR. Pour rappel, le règlement valorise précisément la longévité comme critère de performance environnementale.
Sharp, Toshiba et Konica Minolta, enfin, ont chacun intégré des indicateurs environnementaux dans leurs rapports RSE annuels. Consommation en veille, taux de matériaux recyclés, empreinte carbone des consommables. Ils anticipent ainsi les obligations de transparence que l’ESPR va rendre formelles.
Ce que vous devez anticiper
Pour les entreprises qui gèrent ou renouvellent un parc d’impression, l’ESPR ne constitue pas encore une contrainte immédiate. Toutefois, elle dessine le cadre dans lequel vos prochains appels d’offres et contrats MPS vont s’inscrire. Voici donc trois points pratiques à retenir.
Exigez la feuille de route DPP. Lors de votre prochain renouvellement de parc, demandez à votre prestataire quelle est sa trajectoire de conformité au passeport numérique produit : dans quels délais, pour quelles gammes, et avec accès à quelles données ?
Faites de la durée de vie un critère d’achat. Un équipement conçu pour 10 à 12 ans d’exploitation, avec des pièces détachées disponibles et un programme de reprise structuré, est aujourd’hui un meilleur achat — réglementairement et financièrement. En revanche, un modèle moins cher mais à cycle court vous expose à des coûts de mise en conformité futurs.
Couvrez la reprise dans vos contrats. Les programmes de reverse logistique comme KYO2 répondent concrètement aux obligations de non-destruction des invendus. Si votre parc fonctionne sous contrat MPS, assurez-vous donc que la fin de vie des équipements y figure explicitement.
En résumé
L’ESPR n’est pas un règlement de plus. C’est, en définitive, une transformation structurelle de la façon dont les équipements seront conçus, documentés et repris en fin de vie. Les entreprises dont les produits ne figurent pas encore dans les premières catégories prioritaires auraient tort de ne pas commencer à s’y préparer — car le règlement est précisément conçu pour s’élargir progressivement. Les adhérents du SNESSII, engagés depuis plusieurs années dans des démarches RSE concrètes, sont par conséquent en mesure de vous accompagner dans cette transition.
Le SNESSII, Syndicat National des Entreprises de Solutions et Systèmes d’Information et d’Impression, regroupe 13 acteurs internationaux du marché de l’impression et des services informatiques : BROTHER FRANCE | Canon France⎜Conibi⎜ Epson France⎜Konica Minolta Business Solutions France⎜KYOCERA Document Solutions France⎜OKI Europe Ltd⎜Rex-Rotary⎜Ricoh France⎜RISO FRANCE⎜Sharp Business Systems France⎜Toshiba Tec France⎜Xerox France. Le SNESSII est affilié à la FICIME (Fédération des entreprises internationales de la mécanique et de l’électronique).